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Les Algériens du Canada: profil d’une communauté 

Résumé

Dans le contexte de la mondialisation et de la révolution informatique, la mobilité accélérée pour ne pas dire libre, de personnes, de biens, de services et de l’information, nous interpelle à plus d’un endroit.

En matière d’immigration, on distingue deux types de mouvements, l’immigration clandestine et l’immigration officielle ou légale. Le premier type concerne le passage illégal de personnes de certains pays vers d’autres. Le 2ème type consiste à des mouvements volontaires de personnes dans le cadre des politiques d’immigration que certains pays initient, pour combler leur déficit démographique face au vieillissement de leur population; il s’agit ces deux dernières décennies, surtout des pays d’Amérique du Nord (les USA et le Canada) et dans une proportion moindre, de l’Australie et de la Nouvelle Zélande.

Ceci contribue à la mutation du paysage culturel et de la configuration démographique dans ces pays d’accueil.

Si la gestion de la diversité et des processus d’intégration s’imposent aux pouvoirs publics comme enjeux de taille, c’est comment s’installer, s’adapter et évoluer dans les nouveaux milieux, qui sont les principaux enjeux et défis auxquels sont confrontés les nouveaux venus. 

En effet, les modalités d’installation et d’adaptation; les modalités d’intégration; les problématiques de l’emploi, de la famille, de la petite enfance, de la jeunesse; la part de l’identité et les effets de croisement de cultures, etc., sont les défis auxquels les immigrants sont confrontés au quotidien.

Le présent essai propose à travers le cas de  la communauté algérienne établie au Canada, un regard sur les phénomènes d’immigration et de diversité.

La communauté algérienne établie au Canada est récemment installée. Elle est estimée en 2017 à quelques 70 000 personnes.[1] Son établissement dans ce pays lointain a commencé d’une façon très timide dès la fin de la 2ème guerre mondiale. D’une centaine de personnes, son nombre devait connaître une croissance exponentielle, dès la fin des années 1980, pour plusieurs raisons,  dont la politique d’accueil que la Canada a adoptée, la situation sécuritaire en Algérie durant la décennie violente, et aussi la volonté de certaines familles algériennes de profiter d’une ouverture pour explorer de nouvelles opportunités.

Étant donné son profil linguistique francophone, la grande partie de la communauté algérienne s’établit  au Québec. Au recensement de 2006, le Québec comptait  presque 78% du total des Algériens installés au Canada. Au recensement de 2011,  au Québec 44 560  personnes se sont déclarées d’origine algérienne. C’est une communauté d’installation récente au Québec et au Canada en général. La population native du Canada s’élevait au recensement de 2011 à seulement 28,4% du total, contre 71,6% née à l’étranger. La majorité, 89,2% se sont établis au Québec, durant les 15 dernières années. 73,2% se sont établis au Québec, entre 2001 et 2011.[2]  

Et, toujours compte tenu du profil francophone, la communauté algérienne a bénéficié ces dernières années de quotas considérables qui la plaçaient aux premiers rangs des nouveaux immigrants reçus au Québec. Entre 2007 et 2011, sa part était de 8,4%  du total des immigrants reçus à pareille période, ce qui l’élève au rang 2 après les marocains et avant les français et les chinois.

Quel est son portrait?

1.    Genèse et profils

L’installation de la communauté algérienne au Canada est très récente. La communauté est estimée actuellement à quelques 70 000 personnes. Son établissement dans ce pays lointain a commencé d’une façon très timide dès la fin de la 2ème guerre mondiale. D’une centaine de personnes, son nombre devait connaître une croissance exponentielle, dès la fin des années 1980.[3]

1.1 À quel rythme ont-ils afflué ?  

Au Canada, le nombre des immigrants d’origine algérienne s’élevait en 2006 à un total à 32 255. Seulement 3 615 ont immigré avant 1991; 3 165 ont immigré entre 1991 à 1995; 9 245 ont immigré entre 1996 et 2000 et 16 235 entre 2001 et 2006.[4] Entre 2001 et 2006, soit durant cinq ans seulement, le Canada a reçu plus d’Algériens qu’il n’en a reçus durant deux décennies de 1980 à 2000.

Plusieurs raisons viennent expliquer cette croissance :

  • La politique d’accueil que la Canada a adoptée pour parer à son déficit démographique; [5] 
  • La situation sécuritaire en Algérie fragilisée dès 1988 ;
  • La volonté de certaines familles algériennes de profiter d’une ouverture pour explorer de nouvelles opportunités, d’autant plus que le Canada affiche une attitude d’ouverture et d’accueil très différente de l’hostilité de certains pays d’Europe, dont la France.

Étant donné son profil linguistique francophone, la grande partie de la communauté algérienne s’établit  au Québec. Au recensement de 2006, le Québec comptait  un total de 25 150 de personnes qui se sont déclarées d’origine ethnique algérienne, soit presque 78% du total des Algériens installés au Canada 32 255.

Au recensement de 2011, les personnes qui se sont déclarées au Québec d’origine algérienne s’élève à 44 560.

C’est une communauté d’installation récente au Québec et au Canada en général. La population native du Canada s’élevait au recensement de 2011 à 28,4% du total, contre 71,6% de personnes nées à l’étranger.

Selon la période d’immigration, seulement 360 soit  2,0% du total des Algériens immigrés au Québec, ont immigré avant 1976; 165 soit  0,9%  ont immigré entre 1976-1980; 245 soit  0,8%  entre  1981-1985; 720 soit  2,3%  entre 1986-1990; 1835 soit 6% entre 1991-1995; 4920 soit 16% entre 1996-2000; 9630 soit 31,3% entre 2001-2005, 12 885 soit 41,9% entre 2006 et 2011. Ceci indique qu’entre 2001 et 2011 soit une période de dix ans seulement, le Québec a accueilli 73,2% des Algériens établis au Québec.[6]  

Et, toujours compte tenu du profil francophone, la communauté algérienne a bénéficié ces dernières années de quotas considérables qui la plaçaient aux premiers rangs des nouveaux immigrants reçus au Québec. En effet, le Québec a accueilli 20 664 nouveaux immigrants d’origine algérienne entre 2007 et 2011, soit 8,4%  du total des immigrants reçus à pareille période, ce qui l’élève au rang 2 après les marocains et avant les français et les chinois, au rythme de 3 414 en 2007,  3 670 en 2008, 5 071 en 2009, 4 442 en 2010 et 4 067 en 2011.[7] 

1.2 Qui sont-ils ? Portrait d’une communauté 

Au recensement de 2011, la population d’origine algérienne au Québec s’élevait à  44 560 personnes et présentait le profil suivant :

  •  C’est une communauté d’installation récente.  73,2% sont arrivés entre 2001 et 2011 et 16% seulement entre 1996 et 2000. 71,6%  sont nés à l’étranger et 28,4% au Canada;
  • La communauté compte légèrement plus d’hommes que de femmes, soit 52,8 % d’hommes contre 47,2% de femmes;
  • C’est une communauté jeune,  45,9 % des immigrants d’origine algérienne ont moins de 25 ans et 38,7 % sont âgées de 25 à 44 ans;
  • Presque tous parlent le français et un peu moins de la moitié parlent les deux langues le français et l’anglais. 97,4 % des immigrants d’origine algérienne connaissent le français; 55,3 % ont une connaissance unique du français, contre 38,1 % connaissent à la fois le français et l’anglais;
  • Les immigrants d’origine algérienne sont très scolarisés. Un peu moins de la moitié (44,4 %) des personnes de la communauté, âgées de 15 ans et plus, détiennent un grade universitaire; cette part relative est significativement plus élevée que celle de l’ensemble de la population québécoise (18,6 %);
  • Le taux de chômage que la communauté subit est presque trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la population du Québec (18,7 % contre 7,2 %);
  • Le revenu moyen (28 960) et le revenu médian (20 083 $) des membres de la communauté algérienne sont inférieurs à ceux de l’ensemble de la population du Québec (36 352 $ et 28 099 $ respectivement).
  • Concernant le statut matrimonial, presque les deux tiers soit 65,8 % des immigrants d’origine algérienne, âgés de 15 ans et plus, sont légalement mariés et non séparés, 25,8 % sont célibataires et seulement 2,8 % sont divorcés. 

Sur la question de la religion, le recensement de 2011 révèle que la majorité des Algériens du Québec 85,7% se déclarent de religion musulmane, contre 2,6% de religion catholique, de 0,7% appartenant à d’autres religions chrétiennes, de 0,9% de religion juive et de 10,1% sans aucune appartenance religieuse.[8]

1.3 Où résident-ils ?

Au recensement de 2011, la grande majorité soit 91,8 % des membres de la communauté algérienne au Québec habitent dans la région métropolitaine de recensement de Montréal. Ils sont répartis comme suit :

  • 70,1 % des personnes d’origine algérienne sont installées dans la région administrative de Montréal;
  • 9,9 % de cette population sont installés dans la région administrative de Laval (rive nord);
  • 8,8 % de cette population sont installés dans la région administrative de la Montérégie (rive sud).

Dans l’agglomération de Montréal, la quasi-totalité (96,8 %) de la population d’origine ethnique algérienne réside dans la ville de Montréal. Celle-ci se concentre principalement dans les arrondissements de Saint-Léonard (17,3 %), d’Ahuntsic-Cartierville (11,4 %) et de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (11,1 %).[9]

 1.4 Le poids relatif?

La communauté d’origine algérienne installée au Québec comptait au recensement de 2011, 38 185 personnes, soit presque le tiers (28,30%) des 134 900 personnes qui se sont déclarées d’origine ethnique maghrébine;

Une partie de la communauté peut bien être comprise dans les 23 790 personnes, qui se sont déclarées d’origine ethnique berbère lors du recensement de 2011 au Québec, (pour 63,4 % d’entre elles, il s’agit d’une origine ethnique unique, tandis que 36,6 % ont déclaré une origine berbère avec au moins une autre origine ethnique);

87,7% des Algériens installés en 2011 au Québec se sont déclarés musulmans, soit 39 079  personnes, représentant 18,30% des musulmans installés au Québec en 2011 évalués à 243 430.

       

Par Dr. Brahim Benyoucef

Le 27 juillet 2017 



[1] Estimation calculée sur la base d’un taux cumulé annuel d’accroissement de 6% considérant la part de l’accroissement naturel et celle du flux migratoire. La population maghrébine englobe entre autre et dans une proportion moindre les ressortissants de la Libye et de la Maurétanie.

[2] Gouvernement du Québec, portrait statistique  de la population d’origine ethnique algérienne, portraits statistiques réalisés d’après : Statistique Canada, Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, Direction de la recherche et de l’analyse prospective du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Québec, 2014. Disponible en ligne au : http://www.quebecinterculturel.gouv.qc.ca/publications/fr/diversite-ethnoculturelle/com-algerienne-2011.pdf,  mis à jour 4/3/2016 et consulté le 27/7/2017, p 3.

[3] Les données des recensements de la population canadienne pour les années 1954, 1955 et 1956, attribuent aux immigrants d’origine arabe les chiffres respectivement de 15 ; 56; 87, et aux originaires de la Syrie, les chiffres de 253 ; 326 ; 494 ; alors que sous la rubrique non indiquée on peut lire 28; 52; 233, et sous la rubrique autres :2 902; 4 019; 4 359 ; d’un total global de population s’élevant à 154 227; 109 946; et 164 857.  (Source : Statistique Canada, Annuaire du Canada 1957-1958) <http://www65.statcan.gc.ca/acyb02/1957/acyb02_19570181007-fra.htm>

Marion Camarasa-Bellaube Camara (avec la collaboration d’Aurélien Yannick), la Méditerranée sur les rives du Saint-Laurent : une histoire des algériens au Canada, Paris, éditions Publibook, 2010, édition électronique, < http://www.publibook.com/librairie/images/4990d.pdf>

[4] Statistiques Canada : Population immigrante selon le lieu de naissance et la période d'immigration, d’après le recensement de 2006) <http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo24a-fra.htm>

[5] Le Canada a accueilli en moyenne 229 000 immigrants chaque année de 1991 à 2006 et en moyenne 250 000 par année de 2007 à 2011. Le Québec a accueilli en moyenne 49000 immigrants par an de 2007 à 2011. Statistiques publiées par Citoyenneté et Immigration Canada (février 2012) et, le Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, Direction de la recherche et de l'analyse prospective, Québec, mars 2012.

 [6] Gouvernement du Québec, portrait statistique  de la population d’origine ethnique algérienne, o.p. cit.; p3

[7] Gouvernement du Québec, Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, Portraits statistiques, l’immigration permanente au Québec selon les catégories et quelques composantes 2007-2011, , Direction de la recherche et de l'analyse prospective, Québec, juin 2012.

 [8] Gouvernement du Québec, portrait statistique  de la population d’origine ethnique algérienne, o.p. cit.; p3-8

 [9]Ibid, p. 9-10