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Aspects de changement en Algérie

Processus compromis: quelques étapes-repères

1962-1980 : mutation de l’ère coloniale à l’indépendance au rythme d’une succession de révolutions subies, imposées de force et gouvernées au dogme. La société fut mise sous tutelle du parti unique, gouvernée par la contrainte du dogme, de l’idéologie du parti et de la vérité absolue qu’incarnait à l’époque la révolution socialiste dans ses trois versions : industrielle, agraire et culturelle. Elle allait non seulement être gouvernée par la contrainte du dogme, mais également subir à l’école une éducation de nature dogmatique, la mobilisant à s’aligner face à face, sur les fronts des courants idéologiques de l’époque.

1980-1990 : constats d’échec et tentatives de réformes politiques et économiques.

1990-2000 : réformes avortées par récupération, face à la force de résistance des rentiers du pouvoir, d’une part et de l’extrémisme conservateur religieux, d’autre part. La décennie noire de violence et terreur terroriste devient le contexte favorable au transfert d’une économie publique autrefois centralisée, vers des mains privées, engendrant la formation d’une oligarchie qui allait faire son entrée dans l’échiquier politique.

2000-2018 : c’est l’ère du retour au calme, de l’ouverture après l’isolement, du faste et de la récupération du manque à gagner, l’ère de la corruption et du profit généralisé rendu possible grâce à la flambée des prix de pétrole et du gonflement du fruit de la rente. C’est l’ère où l’oligarchie arrive en force. C’est l’ère où tous allaient goûter à la tentation du faste. C’est l’ère de l’économie libérale et d’une démocratie compromise par la corruption, et compromise par une éducation au dogme qui de plus en plus vidait la société de sa capacité de penser et débattre, et facilitait par là même, sa diversion.

La résistance au changement se fait de plus en plus forte. Il est peu facile pour tous de quitter cette ambiance de profit facile et de rente, où tous, je dis bien tous trouvent leurs comptes. La gouvernance à la carotte semble bien faire son effet durant cette ère.

Entre temps, la classe moyenne, espoir d’un renouveau et levier du progrès de l’État et de la société, semble s’effacer peu à peu, cédant le pas à davantage d’écart entre une classe à la base et une classe hautement aisée.  

La partie ignorée demeure cependant : la jeunesse.  

Poids de la jeunesse

Le total de la population algérienne au 1er janvier 2018, selon l’ONS est de 42,2 millions, dont 54% ont moins de 30 ans, avec une espérance de vie variable entre 77 pour les hommes et 78 ans pour les femmes[1].

Les jeunes et la politique : démission et scepticisme

Les jeunes n’adhérent pas aux partis politiques. Ils ne sont que 1.7% d’adhérents, selon un sondage d’opinion sur la jeunesse et la politique organisé en 2012 par l’association RAJ, Rassemblement Action Jeunesse[2]. En 2012, et toujours selon le même sondage, ils sont presque 39% seulement à déclarer avoir voté aux législatives de 2012. Ils sont 72% à se déclarer insatisfaits du parlement sortant en 2012, et ils sont 39% à déclarer ne rien attendre du futur. Ils sont plus de 58% à penser que l’action des partis est négative, et 36% à ne pas trouver de positif dans l’action des syndicats.

Ils sont laissés pour leur compte face au désarroi et au cauchemar des perspectives incertaines, duquel, seulement les effets éphémères de la drogue qui pilule, viennent les délivrer.

Ils sont malheureusement nombreux à préférer le risque de mourir en mer, que de survivre à l’exclusion et à un avenir incertain.

Dr Brahim Benyoucef

Le 11 février 2019



[1] Brahim Takhroubt, "l'Algérie est toujours jeune", in L'Expressiondz .com, mis en ligne le 28 juin 2018, accéssible, http://www.lexpressiondz.com/actualite/295215-l-algerie-est-toujours-jeune.html

[2] sondage d’opinion sur la jeunesse et la politique organisé en 2012 par l’association RAJ, Rassemblement Action Jeunesse, accessible en ligne, http://www.fundacionacm.org/wp-content/uploads/2017/01/rapport-sondage-raj1.pdf