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Le référendum de quartier ou la démocratie biaisée

Le 16 juillet 2017 est tombé le verdict référendaire fatal, pour dire non à l’enterrement des musulmans du Québec dans la localité de Saint-Apollinaire à Québec, par 19 voix contre 16 et d’un total de 45 voix. J’exprime : choc, chagrin et indignation.

Je constate amèrement que rien n’a pu contrebalancer les efforts de ceux qui ont mené campagne du côté de la xénophobie et du rejet de l’autre. Je constate aussi et avec beaucoup d’amertume que ceux qui ont voté non, sombrent dans l’effet de peur des musulmans que les campagnes de haine mènent nuit et jour, au point de basculer vers la phobie déchaînée et croire que le musulman diabolisé vivant, réincarne les esprits maudits à la mort.

Mais d’où cela est parti?

C’est l’histoire d’une frange de la société québécoise, récemment installée au Québec et qui tout en manifestant la volonté de laisser pousser des racines et de se faire enterrer en terre d’accueil, se heurte au problème d’absence et de manque de terres pour l’enterrement. Beaucoup d’espoirs sont alors nés de l’élan de solidarité manifesté après l’attentat contre la mosquée de Québec et l’assassinat de six citoyens pendant qu’ils priaient.

Une fois les beaux mots politiques partis, vite les promesses d’un cimetière musulman à Québec se sont évaporées. Et, le meilleur échappatoire politique fut le référendum. Toutes les lois naissent un jour dans un corps, mais elles changent d’allure et évoluent à travers le temps pour répondre du mieux aux besoins nouveaux de la société. Il se trouve que les lois de la gouvernance municipale, surtout dans leur rapport à la réglementation de l’espace et de l’urbanisme n’ont pas tellement changé. Ceci, crée des malaises, lorsque arrivé le moment de réclamer ou de revendiquer un changement de zonage caduc fait pour une autre époque et dans un autre contexte. La société et la ville d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes et n’ont pas les mêmes besoins. La diversité est le choix adopté qui façonne espace et société au Québec actuellement. Alors, le politique procède à l’exemple de l’autruche, en tournant le dos au problème. Le pouvoir provincial renvoie la balle au gouvernement municipal, qui à son tour renvoie la patate chaude entre les mains de la communauté de quartier, pour trancher sur une question de société.  C’est ainsi qu’il est né ce mécanisme exclusif. Bien entendu, il existe d’autres mécanismes tels que la consultation publique et l’avis du conseil d’urbanisme (à effet consultatif), mais on préfère le plus radical, pour trancher sur les questions sensibles. Mais pourquoi sensible? L’espace d’enterrement est un espace peu lucratif en taxes foncières, il est alors le moins aimé des pouvoirs et le plus rare. Tout calcul fait, on pensait que le patrimoine funéraire des fabriques que possèdent les églises, en plus du patrimoine privé allaient suffire, surtout avec la tendance à l’incinération. Mais la société change de configuration et les nouvelles communautés veulent aussi se faire une place. Alors, on recourt au référendum de quartier pour se dérober du problème.

Le danger du référendum c’est qu’il suspend le sort d’une cause sociétale au seul avis de la communauté de quartier; ce qui donne à une minorité le pouvoir de décider pour une majorité.

Le danger du référendum c’est que son verdict est fatal, il est contraignant et oblige les autorités de l’appliquer, contrairement à la consultation à effet consultatif.

Le danger du référendum c’est qu’il tranche par exclusion et élimination, pour solutionner une problématique.  

Le danger du référendum, c’est qu’il provoque une fracture sociale et creuse un fossé entre les citoyens et laisse place à la haine, à la frustration et à la colère. Cette fracture sépare non seulement les uns des autres, mais fait aussi son chemin à l’intérieur de la communauté musulmane, sur stimulation médiatique. À ce propos, il n y a pas un seul avis chez les musulmans du Québec : il y a ceux qui voudraient leur propre cimetière et ceux qui se contenteraient de partager un morceau dans un cimetière existant. Ce sont des choix légitimes et chacun a le droit de s’exprimer en faveur de son choix.

Il est temps d’apprécier l’enjeu à sa juste valeur et que le politique se mette courageusement à l’œuvre pour trouver une issue à un besoin sociétal et éviter à la société une lourde facture en fractures.

Il reste encore beaucoup de travail à faire pour rattraper la situation et retrouver l’harmonie que l’on risque de perdre à jamais, si la tendance se maintient. Il faut redoubler d’efforts pour contrebalancer les effets destructeurs des semeurs de la haine et de la peur.

C’est l’affaire de tous : société, pouvoirs, communautés, groupes et individus. Nous avons un beau pays, joyeux, libre et développé, faisons de lui un paradis sur terre où flânent amour, amitiés, solidarité, convivialité et harmonie.

 

Dr. Brahim Benyoucef

Le 19 juillet 2017.