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La littérature migrante

 

La littérature migrante désigne un genre littéraire propre à l’écriture dans un contexte d’exil. Même si certains renvoient l’usage de ce terme à une époque beaucoup plus récente, le genre a bien et bel existé depuis que l’Homme se déplace et depuis que l’Homme exprime à travers le mot et la prose, la douleur de la séparation, l’émotion de l’aventure, la peur de l’inconnue, le choc de la surprise, le chagrin de l’exil, la colère du rejet,  la cruauté de la vie et la joie de la rencontre.

Déjà le genre était fortement répondu au XIXème siècle dans la culture arabe, sous -adab al-mahjar- Littérature migrante, portée surtout par les écrivains, poètes et essayistes libanais migrants aux Amériques.

Depuis que l’Homme existe, il ne cesse de se déplacer; tantôt en fuite d’une guerre ou d’une contrainte majeure, et tantôt à la recherche d’un idéal ou d’une vie meilleure. Et, dans tous ses déplacements, l’Homme a trouvé dans l’écriture le meilleur moyen de défier le mutisme et d’exprimer ses sentiments, ses opinions et chanter ses idéaux. Souvent, les guerres et certaines conjonctures sociales, économiques, politiques, et parfois même des considérations géographiques, impulsent des mouvements d’exil, donnant naissance à ce genre littéraire.

Une première vague, au XIXème siècle a été lancée par les écrivains migrants aux pays des Amériques dont : les écrivains libanais des Amériques au XIXe, et les écrivains européens migrants en Amérique du Nord et au Canada, dont les religieux français fuyant la laïcisation. Le contexte des guerres mondiales allait à son tour pousser beaucoup d’écrivains européens à l’exil. On note à ce propos, l’émergence d’un fort courant entre les deux guerres et après la deuxième guerre, animés entre autre par les juifs menacés par l’antisémitisme nazi. Le contexte des colonisations et des occupations durant tout le XXe siècle explique aussi l’émergence de forts courants de la littérature d’exil, dont : les écrivains maghrébins migrants en France durant la colonisation et après; les écrivains palestiniens en exil, etc. À l’époque contemporaine et surtout depuis les années 1960, se sont les dictatures et les régimes totalitaires qui allaient forcer beaucoup d’écrivains à l’exil :  les écrivains chiliens sous le régime Pinocher; les écrivains des Antilles et surtout haïtiens en exil au Canada et en Amérique du Nord. Durant les années 1980/1990, ce sont surtout le Canada, les États-Unis d’Amérique et l’Australie, en plus des pays européens traditionnellement d’émigration, qui allaient recevoir de grandes vagues d’émigrants fuyant les guerres ou recherchant une vie meilleure; ils viennent des pays du Maghreb, des Antilles, des pays de l’Est et d’Asie. Ce contexte était favorable à l’installation d’un remarquable courant d’écrivains migrants, d’expression française surtout. Depuis ces années, les guerres actuelles qui secouent surtout le Moyen-Orient ne cessent d’alimenter de massifs mouvements d’exil, qui certainement auront un impact sur la dynamique d’écriture d’exil.

Le Québec, depuis quelques décennies, étant devenu la destination de choix des Maghrébins et des Haïtiens, voit s’y installer et s’y développer le genre de littérature migrante d’expression française. Paradoxalement, ces voix d’expression française, qui au lieu de recevoir l’appui dans un contexte identitaire fortement attaché à la langue française, demeurent retranchées dans des coins peu visibles, en marge de la vitrine littéraire dominante.

Ces voix sont des expressions d’exil. Par moment elles pleurent la déchirure et parfois elles chantent la rencontre. Elles dénoncent la violence du milieu d’origine et le rejet du milieu d’accueil. Elles sont le miroir des identités partagées. Elles expriment la joie et le chagrin, la colère et la fascination, la peur et l’espoir;  ce sont des expressions de paradoxes.

Cette littérature traduit l’état d’esprit de l’auteur en contexte d’exil, recherchant toujours la façon appropriée de se positionner et se situer : pour qui écrire? Pourquoi écrire? Comment écrire? Et quoi écrire?

Les thèmes qui façonnent cette littérature s’articulent autour de:

  • La dynamique liée à la transition et au déplacement d’une culture à une autre;
  • l’identité au pluriel : déchirure, perte et recherche de repères ou composition au pluriel;
  • l’expression de la colère sociale aussi bien à l’égard de la société d’origine que d’accueil.

Dans cette littérature on reconnait souvent les thèmes majeurs qui animent l’esprit de ses auteurs : le récit de vie; La transition ; la quête identitaire; la critique sociale; la critique politique; la colère contre l’injustice, contre l’exclusion et contre la guerre;  le chant de paix et de liberté, etc.

Les récits sont empreints des expériences de leurs auteurs, mais reflètent dans leur globalité les même rêves et espoirs, les mêmes angoisses et inquiétudes, et expriment les mêmes colères et les mêmes joies. Cette littérature est l’expression authentique de l’exil.

Dr. Brahim Benyoucef

Montréal, le 6 mars 2018

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Références 

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4. CHARBONNEAU, Caroline. « Les écrivains néo-québécois», mémoire de maîtrise soumis à la Faculté des études supérieures et de la recherche en vue de l'obtention du diplôme de Maîtrise ès Lettres Département de langue et littérature françaises Université McGill, Montréal Mars 1997, 105 P. [En ligne] [consulté le 10-1-18]. Disponible : http://www.nlc-bnc.ca/obj/s4/f2/dsk2/ftp03/MQ29486.pdf

5. CHARTIER, Daniel. «L’immigration littéraire au Québec au cours des deux derniers siècles» La sociabilité littéraire, Voix et Image,Volume 27, numéro 2, hiver 2002, pp 303-316. [En ligne] [consulté le 10-1-18]. Disponible : https://www.erudit.org/fr/revues/vi/2002-v27-n2-vi1460/290058ar.pdf.

6. DECLERCQ, Elien. « Écriture migrante », « littérature (im)migrante », « migration literature » : réflexions sur un concept aux contours imprécis, in Revue de littérature comparée, 2011/3 (n°339), Louvain, pp 301-310. [En ligne] [consulté le 10-1-18]. Disponible : https://www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2011-3-page-301.htm.

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8. FEVRIER, Gilberte. « Littérature migrante comme lieu de construction de cultures de convergence» Université du Québec à Montréal, 41 p. [En ligne] [consulté le 10-1-18]. Disponible : http://revistas.ua.pt/index.php/Carnets/article/viewFile/762/689

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